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Danse orientale Bruxelles / un souvenir de danse en Egypte 

 

 

 

Le Caire, In David Roberts vers 1840

 

 

Souvenirs d’un voyage en Egypte, par Madame la comtesse Elisabeth B. – extrait

impr. de J. Claye (Paris), 1866

 

 

Comme nous vous serez surpris de la similitude stricte entre la description  du vêtement de l’alméé dans le récit et le tableau de Gérôme. On se permet de douter d’un hasard. Il faut supposer que Gérôme ait eu connaissance du texte et s’en soit inspiré…ou bien que la comtesse ait tout inventé et se soit, elle, inspirée du tableau. La première hypothèse est plus plausible. Pour le reste, c’est instructif, charmant et même touchant. 

 

 

Quiconque a voyagé en Égypte n’a pas manqué de s’enquérir des almées. Or, les almées, ces nymphes du désert, qu’on est si curieux de voir, ont la défense expresse de danser au Caire pour le public. Elles ne chantent et ne dansent que dans les harems ; il n’y a pas de mariage possible sans elles. C’est la principale almée qui figure à la noce du vice-roi comme à celle d’un simple bourgeois; chacun la paye selon ses moyens; ainsi, la fameuse Zachné-Bey, qui reçoit 30,000 fr. au mariage du vice-roi, s’en va figurer avec la même bonhomie à celui d’un individu très – subalterne qui lui offre 100 fr.

 

Nous avions extrêmement envie de voir danser ces femmes; or, la difficulté consistait surtout dans la possibilité de trouver un local pour les y faire venir. Aucun musulman ne l’eût souffert chez lui et la police ne l’eût pas permis dans les hôtels.

 

Omar, à qui mon mari s’était adressé, promit de lever les difficultés en traitant avec des chrétiens pour la location d’un appartement. Quelques jours plus tard, il vint nous dire qu’une famille copte consentait à nous céder son salon d’honneur pour faire danser les almées. Le lendemain, Omar arriva vers les deux heures et nous mena mystérieusement dans le quartier copte. Après bien des détours, nous entrâmes dans une maison de très bonne apparence. Une femme jeune et très-belle s’avança vers nous et nous proposa d’aller prendre possession du salon qui nous était réservé.

 

 Danse orientale Bruxelles / almeh with a pipe Gerome red

 

Cinq danseuses avaient été engagées. trois d’entre elles pour danser, les autres pour faire de la musique. La première des almées (nièce de Zachné) s’appelait Fatouma, la seconde Bamba (rose), la troisième Zélina. Fatouma était la plus remarquable; elle était belle, d’une beauté sauvage et sensuelle ; elle était grande, admirablement bien faite, souple et gracieuse à l’excès; ses yeux étaient particulièrement beaux, le nez un peu gros, la bouche grande et garnie de dents superbes.

 

Elle était vêtue d’un large pantalon en satin cerise broché d’or. Une ceinture de la même couleur retenait ce pantalon sur ses hanches. En fait de linge, elle n’avait qu’une chemise en tulle, très transparente, par-dessus laquelle elle portait une petite jaquette en velours noir qui lui couvrait à peine les épaules et laissait toute la poitrine à découvert. Ses cheveux, noirs comme de l’ébène, tombaient sur ses épaules en une masse innombrable de nattes, dans lesquelles étaient tressés des sequins qui faisaient l’effet d’une pluie d’or. Selon la mode du pays, elle portait sur le sommet de la tête un tout petit voile en tulle noir qui ajoutait de l’originalité à ce costume passablement provoquant.

 

Quand la danse commença, Zélina frappa du tambourin, tandis que Fatouma et Bamba se mirent à danser en tenant à leurs doigts des espèces de castagnettes en métal qui rendaient un son tout particulier; il y avait pourtant de la mélodie dans cette musique sauvage. La danse est presque indescriptible ; c’est tout un poème de volupté, tant par les mouvements du corps que par l’expression des traits. C’est d’abord le frémissement du désir, puis la passion ardemment satisfaite, suivie d’une lassitude qui n’est pas exempte de charme; viennent ensuite les larmes et les regrets de la jeune fille qui se livre bientôt à toute la frénésie de l’amour.

 

Fatouma était superbe d’expression ; il est impossible de se faire une idée de toutes les poses qu’elle prenait en tressaillant tout à coup, comme si le cœur de celui qu’elle aimait reposait sur le sien; son regard se perdait et ses lèvres appelaient des baisers brûlants; son corps se penchait enivré de volupté. Sa compagne Bamba était aussi lascive et passionnée, mais bien moins souple et bien moins belle. Nous applaudîmes beaucoup Fatouma, à laquelle on servit une coupe de vin qu’elle porta à nos pieds avant d’y goûter. Malgré cette danse étrange, Fatouma avait quelque chose de chaste et de doux dans ses mouvements désordonnés.

 

Pendant ses moments de repos, elle venait s’accroupir à mes pieds, me demandait de l’emmener avec moi et me disait, en me baisant les mains, que beaucoup de monde lui avait proposé d’aller en Europe, qu’elle avait toujours refusé de quitter son pays, mais que pour moi elle l’abandonnerait sur-le-champ. Les danses recommencèrent, suivies de libations, qui excitèrent Fatouma jusqu’au délire; elle jeta un cri perçant et se mit à exécuter la fameuse danse de la guêpe (nah-el-ia-ou), Bamba se joignit à elle en chantant sur le rythme du bourdonnement de l’abeille.

 

La danseuse, se croyant poursuivie par l’insecte, le fuit d’abord, mais le sentant toujours voltiger autour d’elle et se poser tantôt sur sa tête, tantôt sur ses épaules, elle jette son petit voile; la guêpe lui pique le sein, c’est la veste qui part et puis la chemise; l’insecte n’abandonne pas sa proie; la jeune fille dénoue sa ceinture et tout en chantant et en dansant, elle laisse tomber jusqu’à son dernier vêtement. Les piqûres de la guêpe continuent à l’incommoder et mettent le comble à sa frénésie. Il est difficile de trouver quelque chose de plus désordonné que cette danse ; pourtant Fatouma a su conserver une espèce de pudeur, et, tout en étant lascive, elle est loin d’arriver à la dépravation des femmes qui dansent le cancan.

 

Quand Fatouma eut remis ses vêtements, elle se précipita à mes genoux, couvrit mes mains de baisers, et me supplia de lui en donner un sur la joue, pour lui prouver que je ne la méprisais pas. Je m’exécutai de fort bonne grâce, en lui accordant cette preuve de ma soi-disant estime; elle témoigna une joie très-vive et m’embrassa de toutes ses forces….

 

Illustration : Almeh avec une pipe, Jean-Léon Gérôme (1824-1904)

 

 

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Atelier le samedi 9 février de 15 à 18h…

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Atelier de danse orientale samedi 9 février de 15h à 18h au Dojo. Avec des musiciens et des morceaux spécialement composés pour le concert qui suit le soir du même jour (suivre le lien)….